Des Livres et des Champs

Lectures, Picardie et autres petites choses...

04 mars 2009

Juste une citation...

« ...le poète, le vrai poète, possède l'art du funambule. Ecrire, c'est avancer mot à mot sur un fil de beauté, le fil d'un poème, d'une oeuvre, d'une histoire couchée sur un papier de soie. Ecrire, c'est avancer pas à pas, page après page, sur le chemin du livre. Le plus difficile, ce n'est pas de s'élever du sol et de tenir en équilibre, aidé du balancier de sa plume, sur le fil du langage. Ce n'est pas non plus d'aller tout droit, en une ligne continue parfois entrecoupée de vertiges aussi furtifs que la chute d'une virgule, ou que l'obstacle d'un point. Non, le plus difficile, pour le poète, c'est de rester continuellement sur ce fil qu'est l'écriture, de vivre chaque heure de sa vie à hauteur du rêve, de ne jamais redescendre, ne serait-ce qu'un instant, de la corde de son imaginaire. En vérité, le plus difficile, c'est de devenir un funambule du verbe. »

Extrait de : Neige de Maxence Fermine

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24 février 2009

Vous êtes à la campagne...

« Vous êtes à la campagne. Il pleut. Il faut tuer le temps, vous prenez un livre, le premier livre venu, vous vous mettez à lire ce livre (…), pensant à autre chose, distrait, un peu bâillant. Tout à coup, vous vous sentez saisi, votre pensée semble ne plus être à vous, votre distraction s’est dissipée, une sorte d’absorption, presque une sujétion, lui succède, vous n’êtes plus maître de vous lever et de vous en aller. Quelqu’un vous tient. Qui donc ? Ce livre. Un livre est quelqu’un. Ne vous y fiez pas.

Un livre est un engrenage.

Prenez garde à ces lignes noires sur du papier blanc ; ce sont des forces ; elles se combinent, se composent, se décomposent, entrent l’une dans l’autre, se dévident, se nouent, s’accouplent, travaillent. Telle ligne mord, telle ligne serre et presse, telle ligne entraîne, telle ligne subjugue. Les idées sont un rouage. Vous vous sentez tiré par le livre. Il ne vous lâchera qu’après avoir donné une façon à votre esprit. »

Victor Hugo (1802-1885)

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08 janvier 2009

Juste un extrait...

Dis Papa c'est quoi les hommes ?

Ce sont des princes des mendiants et des fous

Des artistes et des gueux

Des loups et des agneaux

De très petites choses fragiles et admirables qu'un rien suffit à vaincre

Des montagnes éternelles où naissent les ruisseaux

Extrait de Le monde sans les enfants de Philippe Claudel

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En ce moment je picore à droite à gauche dans des livres que j'ai déjà lus. Ce recueil de Philippe Claudel est vraiment très beau. Des histoires simples et courtes et qui pourtant soulèvent des questions, des remises en question même. Ou encore des histoires pleines de poésie, de tendresse, de drôlerie ou d'ironie. Les adultes peuvent le lire mais les enfants aussi. D'ailleurs certaines histoires peuvent donner lieu à des discussions intéressantes entre grands et petits je pense. A découvrir ou re-découvrir.

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30 août 2008

Juste un extrait...

"Alors les mots imprimés, ces mots que personne ne lui a jamais dits, ses lèvres les prononcent. Pour elle toute seule. Dans sa langue à elle. C'est en italien, seulement en italien qu'elle aurait pu les dire. Et là-bas, à Naples, personne ne lui a jamais demandé de mots d'amour. Elle les connait par coeur pourtant, ne les a jamais osés.

Il faut bien que les mots d'amour se disent un jour. Même si personne ne vous prend dans ses bras pour les entendre.

Il y a comme ça des déclarations perdues sur des tombes fermées, dans tous les cimetières du monde.

Elle ne va jamais sur sa tombe."

Extrait de Laver les ombres de Jeanne Benameur

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22 août 2008

Un extrait...

"J'étais souvent venue là pour oublier.

On s'est arrêtés tout en haut de la falaise, presque au bord, deux solitudes face à la mer, revenus aux origines du monde. La mer reculait, elle revenait, des arbres poussaient et les enfants naissaient et ils mouraient.

D'autres enfants les remplaçaient.

Et la mer, toujours.

Un mouvement qui se passait de mots. Qui s'imposait. Depuis des mois, je me fondais dans ce paysage avec la lenteur d'une bête qui hiberne. Je dormais. Je mangeais. Je marchais. Je pleurais. C'était peut-être pour ça que ma présence ici était possible. Qu'elle était acceptable. A cause de mon silence. "

Extrait de : Les déferlantes de Claudie Gallay

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15 août 2008

Au gré des galets

galets

Au repos de la plage

les galets apaisés

tendent leurs joues

à la caresse de la vague.

Extrait de Au gré des galets de Paul Bergèse

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31 juillet 2008

Un extrait !

"Quelques jours plus tard, au bar, nous évoquons tous les deux Mme Barbier, la fameuse commerçante experte és commérages.

-Pas de doute, c'est la Verdurin tout craché, celle-là. D'une mauvaise foi crasse...

Ton imitation est hilarante. Je t'emboite le pas, me lançant à mon tour dans une imitation croisée de la Verdurin et de la commerçante. On trouve même un passage dans le livre où il suffit de remplacer le nom "Verdurin" par celui de "Barbier" pour obtenir une criante description de notre réalité quotidienne.

Tout à notre jeu, on éclate de rire. On sent pourtant que papa nous surveille du coin de l'oeil derrière son comptoir. A l'évidence, son agacement va crescendo : il se crispe, trépigne, pousse des soupirs dans notre dos ; et les verres qu'il manie avec une certaine brutalité s'entrechoquent.

Finalement, advient l'explosion pressentie.

-Non, mais vous vous êtes vus tous les deux ?

Lentement tu tournes vers lui un visage parfaitement innocent et surpris.

-Eh bien quoi ? Qu'est-ce qu'on a, tous les deux ?

-Vous ne vous entendez pas ? On dirait deux gamins ! Vous parlez de cette Mme Machin-chose, comme si elle existait. Il faut vous soigner, hein ?

Tu me fixes, les yeux ronds. Puis tu lances à papa :

-Eh bien oui, elle existe !

Il émet un rire forcé.

-Nimporte quoi !

-Parfaitement !

Papa hausse les épaules.

-Hein mon chou ? N'est-ce pas qu'ils existent, nos personnages ? rétorques-tu en me prenant à partie.

Puis te tournant vers papa :

-En tout cas, plus que beaucoup de tes clients.

-Ce qu'il faut pas entendre !

Mais tu n'es pas décidée à te laisser faire.

-Ah bon ? Tu ne me crois pas ? Tiens, qu'est-ce que tu peux me dire sur Lulu ? Sur Mme Pierret ? Sur Bastien ? Tu connais quoi d'eux ? De leurs pensées secrètes ? De leurs désirs profonds ? De leurs rêves intimes ? Dis-moi ?

Papa en reste bouche bée, balbutiant quelques paroles incompréhensibles.

-Tu vois bien ! Rien ! Tu ne sais rien d'eux, finalement. Alors que nous, on peut dire que l'on connait vraiment Françoise, Swann, Odette et même Mme Verdurin, parfaitement, on les connait intimement.

Impuissant, papa lève les yeux au ciel et hoche la tête de dépit. Lâchant la partie, il est prêt à battre en retraite en se réfugiant vers la cave, prétextant quelques bouteilles à remonter.

Mais, soucieuse d'arracher une victoire sans partage, tu le relances.

-Et puis, tiens...tes joueurs de foot là, dont tu parles toute la journée avec Lulu et Gérard, es-tu sûr qu'ils existent au moins ?

Tu exploses d'un rire qui cloue définitivement papa. Terrassé par tant de mauvaise foi, il garde le silence. Mais alors que nous reprenons notre conversation là où nous l'avions laissée, on l'entend maugréer derrière son comptoir. Un verre se brise dans l'évier et, soudain, papa explose d'un tonitruant :

-Ce Proust, il commence à me les briser franchement !"

Extrait de La petite cloche au son grêle de Paul Vacca

Je vous en parlais ici.

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06 juin 2008

Un extrait...

« Ce que j’ai fait de mon enfance,  je n’en sais rien, je l’ai perdue en partie, mais il en reste des traces effilochées à tous les buissons, à toutes les ronces de ma vie. Peut-être que quelque chose renaîtra, ce n’est pas mon affaire maintenant. Ce que je vois dans le regard, dans la souffrance de Shadow, c’est peut-être que Stéphane avait gardé sa légèreté d’enfance, n’ayant rien eu d’autre. Ayant sans doute accepté de n’avoir rien d’autre. Alors que Shadow est mort à son enfance, qu’il est tout entier adulte, dans la terrible pesanteur de cet état. Ce qui croise dans nos regards, c’est notre double pesanteur braquée sur le passage aérien et ferme de Stéphane. Je perçois en même temps la pesanteur effrayante de Shadow. Une pesanteur satanique où tout est puissance, métaux, lourdes matières de l’esprit. Si je pèse peu c’est par rapport à la formidable concentration d’énergie et d’esprit et d’intelligence métallique de Shadow. Moi aussi, je pèse lourd avec ma cargaison d’espoirs, de désirs, d’amours en regard de la petite barque et de la grande voile blanche de Stéphane. »

Extrait de Le boulevard périphérique d’Henri Bauchau

                                                                        ***

peripherique

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03 juin 2008

Juste une citation...

CITATION

"Un roman est comme un archet, la caisse du violon qui rend les sons, c'est l'âme du lecteur".

Stendhal

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30 mai 2008

Un extrait...

"Mon nom est Soledad.
Je suis née, dans ce pays où les corps sèchent, avec des bras morts incapables d'enlacer et de grandes mains inutiles.
Ma mère a avalé tant de sable, avant de trouver un mur derrière lequel accoucher, qu'il m'est passé dans le sang.
Ma peau masque un long sablier impuissant à se tarir.
Nue sous le soleil peut-être verrait-on par transparence l'écoulement sableux qui me traverse.
LA TRAVERSÉE
Il faudra bien que tout ce sable retourne un jour au désert.

À ma naissance, ma mère a lu ma solitude à venir.
Ni donner, ni recevoir, je ne saurais pas, jamais.
C'était inscrit, dans la paume de mes mains, dans mon refus obstiné de respirer, de m'ouvrir à l'air vicié du dehors, dans cette volonté de résister au monde qui cherchait à s'engouffrer par tous mes trous, furetant autour de moi comme un jeune chien.
L'air est entré malgré moi et j'ai hurlé.

Jusque-là, rien n'était parvenu à ralentir la marche de ma mère. Rien n'était venu à bout de son entêtement de femme jouée. Jouée et perdue. Rien, ni la fatigue, ni la mer, ni les sables.
Personne ne nous dira jamais combien de temps aura duré notre traversée, combien de nuits ces enfants qui suivaient leur mère ont dû dormir en marchant !
J'ai poussé sans qu'elle y prît garde, accrochée à ses entrailles, pour ne pas partir avec toute cette eau qu'elle perdait sur les chemins. J'ai lutté pour être du voyage et ne pas l'interrompre."

Extrait de Coeur Cousu de Carole Martinez

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Je vous en parlais ici. Je l'ai prêté à une copine et elle l'a dévoré et adoré. Ne passez pas à côté de ce livre, il est magnifique !

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